Roger Kockaerts

PLATINOTYPIES

TRAVAUX COMPOSITES

Un parcours de plus de 50 ans dans le domaine de la photographie créative m'a permis d'aborder différentes voies conceptuelles, débouchant à leur tour sur de multiples formes de narration photographique.

Dès la moitié des années 1950 mon écolage technique au sein d'un des plus importants photoclubs belges, le photo-ciné club de Boitsfort, dont les travaux et les enseignements étaient étroitement liés aux préceptes de la photographie subjective chère à Otto Steinert, m'ont révélé une lecture du récit et de la vibration, hautement personnelle, de l'image photographique.

Très vite, la pratique du paysage photographique a isolé dans mes travaux des structures minérales et végétales engendrées par de phénomènes naturels et/ou par des interventions humaines. Dans les images résultantes, l'accent se mettait sur la valeur esthétique de l'arrangement apparamment aléatoire des éléments de l'image (Camera, n°1, 1969, Focale n°435, 1982).

Dans le passé, je fis, à de multiples reprises, appel à l'image composite. Au début des années 1970, je réalisais une série de panneaux composites formés de plusieurs photographies, réunies dans une thématique précise (catalogue d'exposition de la Triennale de Fribourg, 1975).


Parmi mes travaux réalisés à l'aide de l'ordinateur, une partie prépondérante fut inspirée et réalisée par le concept de la mosaïque, image composite par excellence. Dans ces travaux se créa une interaction entre l'arrangement pseudo aléatoire d'éléments géométriques simples et leur effet visuel (catalogues "l'Art et l'ordinateur", CISI, Paris, 1985 et Bonnefantenmuseum, Maastricht, 1986).

Dans mes images composites photographiques les plus récentes, réalisées depuis 1992, les chemins d'exploration visuelle sont canalisés par les motifs inscrits dans chaque délimitation formelle. Le choix des motifs, ainsi que leur place dans la composition générale, sont strictement déterminés à la prise de vue.

Les images composites en question comprennent un nombre de clichés successifs d'un même film, imprimés par contact sur du papier platine/palladium. Les images composites résultantes, parfois entièrement interprétatives, parfois plus descriptives, permettent des lectures à plusieurs niveaux. Une lecture globale, en principe effectuée d'une certaine distance, éveille chez la plupart des spectateurs une impulsion de curiosité, les poussant à une lecture plus approfondie.

Selon le sujet traité, par le truchement de l'exploration visuelle, peuvent se créer des illusions optiques, liant différentes sousimages par des liens non existants dans la réalité. Les paysages imaginaires ainsi formés font, à une deuxième lecture, place à des rapports plus existentiels.

L'emploi du procédé platine/palladium confère à ces images une richesse tonale très subtile (Anne Wouters, Art & Culture, déc. 1992) qui, en partie, résulte de l'absence d'une couche gélatineuse "emprisonant" les particules métalliques formant l'image.

Dans un tirage platine/palladium, les particules de métal précieux sont incrustés entre les fibres cellulosiques du support papier. L'interpénétration de ces particules crée alors une troisième dimension à l'image photographique qui, par sa parfaite matité, ne reflète aucun rayon lumineux distrayant vers le spectateur et facilite la lecture en profondeur des images.

 

Article dans Art & Culture 1992

Roger Kockaerts (Wilsele 1931) a, depuis ses débuts dans la photographie en 1956, une prédilection pour la nature et le paysage; mais il s'agit moins pour lui de capter l'ordonnance harmonieuse d'un paysage global, que d'en explorer la matière et les formes composantes. La Turquie et ses paysages érodés, l'attirent donc très normalement. Ses prises de vue d'Anatolie ont gardé quelque chose de l'esprit des années 50 et de la Subjective Fotografie, lorsque certains éléments du réel, de par le cadrage ou toute autre exploitation judicieuse des possibilités du médium, étaient isolés pour parler d'une recherche absolue qui tendait à l'abstrait. C'est encore cet intérêt pour la forme indépendante, celle des végétaux surprenants ou de créations minérales, qui le mène aujourd'hui à continuer un travail de format carré, ne montrant quasi jamais la ligne d'horizon, tant il se veut proche de ce que la terre lui offre comme formes ou comme matières. Roger Kockaerts joue d'autant mieux des textures qu'il réalise ses images sur du papier platine/palladium. Ce procédé, outre qu'il offre une longévité et une stabilité exceptionnelles, permet de rendre, grâce à une échelle tonale très étendue, toutes les nuances de la gamme des gris, caractéristiques, qui magnifie, en ces images mates, la captation subtile des matières et des ombres et renforce la lecture abstraite.
Anne Wouters, Art & Culture, décembre 1992.

série "ANATOLIAN MINDSCAPES"